Sans doute le métier d'honnête femme peut paraître fatigant, puisqu'il oblige à une lutte vigoureuse pour triompher de ce désordre d'idées et de tentations que peuvent exciter, par moment, dans l'esprit d'une femme, même la mieux morigénée, les froides négligences d'un mari et les ardentes poursuites d'un séducteur. Mais faut-il en conclure que les efforts qu'exige d'elle le maintien de sa vertu doivent lui en donner une sorte de lassitude? Non, non: la femme qui se respecte a l'âme trop forte et trop courageuse pour se lasser de ce qui fait son honneur et sa dignité. Loin de faiblir dans la lutte, elle s'y affermit; plus son devoir lui impose de sacrifices, plus elle s'y attache, non-seulement par la considération des malheurs qu'ont à subir les femmes déshonorées, mais par le sentiment de sa conscience, qui adoucit et compense ses amertumes par d'ineffables consolations.
Je voudrais qu'à la place de la maxime que je combats il y en eût une autre qui glorifiât la persévérance vertueuse de la femme délaissée. Cette femme de bien, cette femme chrétienne, malheureusement trop rare, est un modèle de perfection, et la chasteté inaltérable qu'elle conserve dans un cœur brûlant me paraît, dans l'ordre moral, un phénomène plus admirable encore que ne l'est, dans l'ordre physique, la glace entretenue dans un fourneau chauffé à blanc.
Les femmes demandent si un homme est discret, comme les hommes si une femme est belle.
La discrétion des hommes tente les femmes autant que la beauté des femmes tente les hommes, et les deux sexes suivent plus volontiers l'attrait naturel qui les invite à se rapprocher, quand ils sont assurés de rencontrer, l'un chez l'autre, la qualité qu'ils désirent. Ainsi les deux questions, bien que chacune d'elles porte sur un point différent, partent du même principe, qui est le besoin d'aimer, et tendent au même but, qui est la satisfaction de ce besoin. Mais celle des femmes est plus significative que celle des hommes, où l'on ne voit souvent qu'un simple effet de curiosité: elle a quelque chose de raisonné, de prémédité, indice manifeste que les femmes, qui osent la faire, sont déjà décidées à se laisser aller à la tentation, lorsqu'elles savent qu'elles pourront, sans crainte d'être compromises, accorder leur penchant avec la sécurité, leur plaisir avec le mystère. Vous pouvez en conclure, si vous le voulez, qu'elles tiennent beaucoup moins à la vertu qu'au respect humain. En effet, mettre de côté cette vertu incommode et en garder les apparences honorables, c'est, en résumé, ce qu'elles cherchent en s'engageant dans les affaires de cœur. Il n'est pas besoin de dire avec quelles précautions, avec quelle habileté elles poursuivent ce double objet, après en avoir calculé les inconvénients et les avantages. On sait que ces femmes-là ont un art prodigieux, qui leur vient sans doute de ce qu'elles ont mordu plus profondément que les autres au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal.
Les femmes n'ont que l'âge qu'elles paraissent avoir.
Il ne faut pas juger de l'âge des femmes par le nombre de leurs années, mais par la conservation de leurs appas; tant que ces appas ne sont point flétris, elles peuvent se dire encore dans la jeunesse malgré le démenti que leur opposent les registres de l'état civil toujours trop incivil pour elles.
C'est sur la foi de ce proverbe que nos dames se donnent tant de soins et font tant de frais de toilette pour paraître plus jeunes qu'elles ne sont.
N'examinons point si un tel proverbe n'est pas formulé d'une manière plus galante que vraie, de peur de troubler leurs illusions à ce sujet; laissons-les se complaire dans ces douces illusions; et qu'elles soient persuadées, s'il est possible, que leur extrait baptistaire vieillit tout seul.
On ne saurait dire des femmes ce qui en est.
Est-ce parce qu'il y aurait trop à dire d'elles, ou bien parce qu'il paraît impossible de les définir? Je laisserai à de plus habiles que moi le soin de décider entre ces deux questions qui se compliquent l'une par l'autre, et je me contenterai de citer un joli portrait burlesque de la femme par un auteur comique qui ne la jugeait pas indéfinissable et qui voyait en elle un composé de natures diverses. Je le tire de la pièce intitulée: Arlequin défenseur du beau sexe.—«Voulez-vous bien connaître une femme? figurez-vous un joli petit monstre qui charme les yeux et qui choque la raison; qui plaît et qui rebute, qui est ange au dehors et harpie au dedans. Mettez ensemble la tête d'une linotte, la langue d'un serpent, les yeux d'un basilic, l'humeur d'un chat, l'adresse d'un singe, les inclinations nocturnes d'un hibou, le brillant du soleil et l'inégalité de la lune; enveloppez le tout d'une peau bien blanche, ajoutez-y des bras, des jambes, et cætera: vous aurez une femme toute complète.» (Théâtre italien de Gherardi, t. V, p. 262.)