Cette raison toute naturelle est indiquée par un proverbe italien qui correspond au nôtre: «Se le donne fossero d'argento, non varrebber' un quattrino, perchè non starebber' al martello. Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient pas quatre deniers, parce qu'elles ne tiendraient pas sous le marteau», ce qui signifie au figuré, si je ne me trompe, qu'elles ne seraient pas malléables.
Les femmes qui ont donné leur farine, veulent vendre leur son.
Proverbe dont on fait l'application à certaines femmes galantes qui, après avoir prodigué gratuitement les prémices de leurs appas, ou leur farine, prétendent en faire payer au-dessus de leur valeur les restes, ou le son. Ces meunières intéressées, à qui le vice a fait oublier tout sentiment généreux, n'ont d'autres pensées que de s'enrichir aux dépens de quelques jeunes gens sans expérience qu'elles ont attirés à leur moulin, et qu'elles en chasseront impitoyablement aussitôt qu'elles auront achevé de les ruiner.
Les mots «farine» et «son» ont été employés allégoriquement par les auteurs du moyen âge dans le même sens qu'ils ont ici. On lit dans un recueil de ce temps cette curieuse définition de la beauté féminine: «C'est la farine du diable qui se réduit tout en son.» On y trouve aussi cette comparaison non moins curieuse de la femme prodigue de sa beauté pour son plaisir, avec un bluteau qui jette la farine et retient le son.
Il a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier.
La Rochefoucauld l'a dit textuellement dans sa 376e Pensée, et Molière l'a redit, à sa manière, dans ces vers d'Amphitryon, que Cléantis adresse à Sosie:
Va, va, traître, laisse-moi faire,
On se lasse parfois d'être femme de bien.
(Acte II, sc. VII.)
Je crois que c'est une phrase proverbiale antérieure à ces deux auteurs. Elle est du moins employée comme telle dans quelques patois méridionaux, et elle a des équivalents dans plusieurs langues étrangères.