J'avais d'abord conjecturé qu'il était provenu d'un autre fait auquel il s'ajuste assez bien; je le regardais comme une allusion probable à la thèse soutenue au second concile de Mâcon, le 23 octobre 585, par un évêque qui prétendait que le mot homme, dans la généralité de son acception, ne comprenait pas la femme, ce qu'un autre réfuta par divers passages de l'Écriture sainte où ce mot est employé pour désigner les deux sexes, notamment par le verset de la Genèse qui dit que Dieu créa l'homme, mâle et femelle, et par les versets de l'Évangile dans lesquels le fils de Dieu est appelé le Fils de l'homme, quoiqu'il ne soit que le fils de la femme quant à son humanité. Le concile, après une assez longue discussion, décida: Mulieres esse homines, que les femmes étaient hommes, c'est-à-dire qu'elles faisaient partie du genre humain[7].

[7] C'est ainsi qu'un ami de Cicéron l'engage, dans une lettre, à se consoler de la mort de sa fille Tullie, «parce qu'elle est née homme,» quia homo nata est.

On a trouvé fort ridicule que les pères de ce concile se soient arrêtés à l'examen d'une thèse si étrange; mais c'est faute de comprendre les motifs assez graves qu'ils ont eus pour cela. Ils se proposaient, en agissant ainsi, d'empêcher, par l'autorité suprême d'une décision ecclésiastique, la propagation d'une fausse idée, renouvelée d'Aristote. Ce philosophe, sur la parole duquel on jurait alors, avait prononcé, comme un oracle, que c'était d'une erreur de la nature que provenait la femme, créature incomplète, ouvrage manqué, résultat de l'imperfection de la matière impuissante à parvenir au sexe parfait, c'est-à-dire à produire l'homme, qu'on verrait naître seul dans un ordre de choses meilleur. Et son opinion était entrée en partie dans l'esprit de quelques théologiens du quatrième siècle, qui se figuraient que Dieu, au grand jour de la résurrection générale, ne ferait revivre la femme qu'en la changeant en homme.

Ce fut, tout porte à le penser, un partisan de cette déraisonnable opinion aristotélique et théologique à la fois qui en saisit l'assemblée: elle obtint l'appui de plusieurs autres qui cherchèrent à la faire prévaloir dans des vues plus politiques encore que religieuses. Ils espéraient que, si elle était canoniquement proclamée, elle deviendrait un moyen puissant de détruire l'influence de deux reines contemporaines généralement détestées, Frédégonde et Brunehaut, qui dirigeaient les affaires publiques au gré de leurs passions et de leurs caprices.

De ce qu'on dit des femmes, il n'en faut croire que la moitié.

Proverbe dont on ne fait l'application qu'en parlant des aventures qu'on leur attribue. «De ces choses-là, suivant l'historien Mézerai, on en compte toujours plus qu'il n'y en a, et il y en a toujours beaucoup plus qu'on n'en sait.» Phrase non moins spirituelle que malveillante, à laquelle ressemble beaucoup cette autre de Sénac de Meilhan: «On débite un grand nombre d'histoires fausses sur les femmes, mais elles ne sont qu'une faible compensation des véritables, qu'on ignore.»

Les Italiens ont un proverbe analogue d'après lequel, en matière de galanterie, tout peut se croire et rien ne peut se dire: In materia di lussuria, si può creder tutto, ma dirne nulla.

Si les femmes étaient d'argent, elles ne vaudraient rien à faire monnaie.

Parce qu'on suppose qu'elles garderaient sous cette nouvelle forme le caractère indélébile de fausseté que les mauvais plaisants leur attribuent, et que par conséquent elles ne produiraient qu'une monnaie de mauvais aloi ou une fausse monnaie. C'est ainsi que j'ai entendu expliquer ce proverbe par une femme de beaucoup d'esprit, qui se plaisait à le citer en riant.

Je n'oserais contester positivement cette explication, dont je laisse la responsabilité à son auteur. Cependant je doute que ce soit la fausseté des femmes qu'on ait eu particulièrement en vue en formulant le proverbe. Il y a chez elles d'autres défauts qui, non moins que celui-là, ont pu en suggérer l'idée; et c'est peut-être par allusion à l'inconsistance et au mauvais alliage que ces défauts réunis produisent dans leur nature, qu'on a dit qu'elles ne vaudraient rien à faire monnaie, en sous-entendant ces mots: parce qu'elles ne seraient pas malléables.