Qui aime bien châtie bien.
Proverbe dont l'idée se retrouve dans plusieurs passages de Salomon, notamment dans celui-ci: «Qui parcit virgæ odit filium suum; qui autem diligit illum instanter erudit. (Prov. XIII, 24.) Celui qui épargne la verge hait son fils; mais celui qui l'aime s'applique à le corriger.»
Le conseil qu'exprime ce proverbe étranger aux mœurs actuelles était approuvé des peuples de l'antiquité. Il fut regardé comme excellent en Chine jusqu'au temps de Confucius, qui en fit sentir les graves inconvénients. Il devint en Grèce un des points fondamentaux de la méthode du stoïcien Chrysippe pour l'éducation des enfants. Il paraît même avoir fait partie de la doctrine socratique, si l'on en juge par la quatrième scène du cinquième acte des Nuées d'Aristophane, où un disciple de Socrate est représenté battant son père et disant: «Battre ce qu'on aime est l'effet le plus naturel de tout sentiment d'affection: aimer et battre ne sont qu'une même chose. Τοῦτ' ἔστ' εὐνοεῖν τὸ τύπτειν.»
On sait qu'à Rome le rhéteur Orbilius de Bénévent, que le poëte Horace, dont il fut le maître, a nommé plagosus (Epist. II, 1, 10), introduisit l'usage du fouet dans son école; ce qui a fait donner aux régents qui, chez les modernes, ont adopté ce honteux usage, le surnom d'orbilianites, tombé depuis devant celui de monsieur Cinglant.
Qui m'aime me suive.
Philippe VI de Valois était à peine sur le trône de France qu'il voulut faire la guerre contre les Flamands. Comme son conseil ne paraissait pas approuver cette guerre, pour laquelle il montrait beaucoup d'ardeur, le roi porta sur Gaucher de Châtillon[8] un de ces regards qui semblent chercher à enlever les suffrages: «Et vous, seigneur connétable, lui dit-il, que pensez-vous de tout ceci? Croyez-vous qu'il faille attendre un temps plus favorable?—Sire, répondit le guerrier, qui a bon cœur a toujours le temps à propos.» Philippe, à ces mots, se lève transporté de joie, court au connétable, l'embrasse et s'écrie: Qui m'aime me suive! Saint-Foix, qui rapporte le fait, prétend que ce fut l'origine du proverbe; mais il est avéré que ce n'en fut que l'application. Le proverbe existait longtemps auparavant, puisqu'il se trouve dans ce vers de la troisième églogue de Virgile:
Qui te, Pollio, amat, veniat quo te quoque gaudet.
Il remonte jusqu'à Cyrus, qui exhortait ses soldats en s'écriant: Qui m'aime me suive!
[8] Ce guerrier magnanime, disent les historiens, avait eu l'honneur de recevoir l'ordre de chevalerie des mains de saint Louis, et s'était montré, pendant sept règnes consécutifs, le plus ferme appui du trône.
Quand on n'a pas ce que l'on aime il faut aimer ce que l'on a.