Rien de plus commun que le nom d'ami, rien de plus rare que la chose.

Vulgare amici nomen, sed rara est fides.

(Phædr., lib. III, fab. IX.)

Heureux celui qui, dans sa vie, peut trouver l'ombre d'un ami! disait, dans une comédie de Ménandre, un jeune homme qui n'osait croire à la réalité d'un bien si rare et si précieux.

Aristote s'écriait: «O mes amis, il n'y a plus d'amis!» et Caton l'Ancien prétendait qu'il fallait tant de choses pour faire un ami que cette rencontre n'arrivait pas en trois siècles.

«L'amitié est bien bête de compagnie, disait Plutarque, mais non pas bête de troupeau.» Remarque très-vraie, car les amitiés célèbres n'ont jamais existé qu'entre deux personnes.

«C'est un assez grand miracle de se doubler. N'en connaissent pas la hauteur ceux qui parlent de se tripler.»

(Montaigne, Ess., I, 27.)

Les Scythes, pour qui l'amitié était une chose sacrée, pensaient avec raison qu'elle ne pouvait étendre ses liens au delà sans les relâcher; et, pour la garantir de l'amoindrissement qu'elle eût subi par extension, ils avaient fait une loi qui ordonnait d'avoir un ami, en permettait deux et en défendait trois. Cette loi était fort sage, car il n'y a jamais assez d'amitié et il y a toujours assez d'amis.

«Assez d'amis parmi les hommes! s'écrie Bourdaloue, mais quels amis! assez d'amis de nom, assez d'amis d'intérêt, assez d'amis d'intrigue et de politique, assez d'amis d'amusements, de compagnie, de plaisir; assez d'amis de civilité, d'honnêteté, de bienséance; assez d'amis en paroles, en protestations.»