Certes, de ces amis-là, il y en a assez de peu, assez d'un, assez d'aucun, suivant le mot d'un Ancien rapporté par Sénèque: Satis sunt pauci, satis est unus, satis est nullus. (Epist. VII.)

On connaît cette boutade spirituelle de Chamfort: «Dans le monde vous avez trois sortes d'amis: vos amis qui vous aiment, vos amis qui ne se souviennent pas de vous, et vos amis qui vous haïssent.»

Hélas! pourquoi faut-il que ces chers amis, à qui nous donnons notre confiance, ne soient presque toujours que de chers ennemis!

Qui cesse d'être ami ne l'a jamais été.

Ce beau proverbe est traduit d'un vers grec cité par Aristote (Rhétor., liv. II). Il se trouve aussi dans le troisième discours de Dion Chrysostome, qui l'a développé en disant que le caractère de l'amitié est de ne point changer, et que, si quelqu'un est infidèle à une personne avec qui il a vécu dans une liaison intime, il déclare par cette infidélité qu'il ne l'aimait pas véritablement; car, s'il eût été son ami, il serait demeuré tel. C'est exactement la pensée que le père de Neuville a exprimée d'une manière heureuse en parlant de «la cour où les heureux n'ont point d'amis, puisqu'il n'en reste point aux malheureux.»

Un bon ami vaut mieux que cent parents.

Ce proverbe a sa raison dans cet autre: Beaucoup de parents et peu d'amis.—J. Delille a dit dans son poëme de la Pitié:

Le sort fait les parents, le choix fait les amis.

(Ch. II.)

Et ce joli vers n'est que la répétition textuelle d'un proverbe oriental que Dorat, avant Delille, avait imité ainsi: