Beau mot qui a été attribué faussement à Zénon, fondateur de la secte des stoïciens, car il se trouve dans le passage suivant des Entretiens de Socrate (II, 10): «Un bon ami est toujours prêt à se substituer à son ami, à le seconder dans les soins de sa maison, dans les affaires de l'État. Vous voulez obliger quelqu'un, il va se joindre à vous dans cette bonne action. Quelque crainte qui vous agite, comptez sur ses secours; vous faut-il faire des dépenses, des démarches, employer la force ou la persuasion? Vous trouverez en lui un autre vous-même.»
Ce mot n'appartient pas même à Socrate. Avant lui il était employé proverbialement dans l'école de Pythagore qui passait pour en être l'auteur.
Aristote a dit: «Un ami est une âme qui vit dans deux corps»; ce qu'Horace a imité en appelant Virgile la moitié de son âme: animæ dimidium mea (I, od. 3), et ce que saint Augustin a répété dans ses Confessions: «Sensi animam meam et animam illius unam fuisse animam in duobus corporibus (IV, 6). Je sentis que mon âme et la sienne n'avaient formé qu'une seule âme dans nos deux corps.»
Cette même vie à deux, qui est celle de la véritable amitié, Ennius la nommait la vie vivante, vita vitalis.
Qui ne connaît les vers charmants par lesquels La Fontaine a terminé sa fable des Deux Amis qui vivaient au Monomotapa?
Qu'un ami véritable est une douce chose!
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même:
Un songe, un rien, tout lui fait peur