(Ménandre.)
«Qui sibi amicus est scito hunc amicum omnibus esse (Sén., Epist., VI). Sachez que celui qui est ami de soi-même l'est aussi de tous les autres.» En effet, l'homme qui sait ce qu'il se doit à lui-même sait aussi ce qu'il doit à ses semblables, et son attention consciencieuse à observer ses devoirs personnels est une garantie assurée de la bonne foi et de l'honnêteté qu'il apportera dans ses relations avec les autres. Un philosophe chinois, Ma-Koang, a très-bien dit: «Avant de chercher à se faire des amis, il faut commencer à devenir le sien.»
Un ami n'est pas sitôt fait que perdu.
Parce que, pour faire un ami, il faut une longue pratique, un commerce assidu, de l'attachement, des services, des prévenances, qualités qu'on ne rencontre guère; tandis que, pour le perdre, il suffit de quelques négligences, de quelques susceptibilités, de quelques saillies de mauvaise humeur, défauts d'autant plus fréquents que les qualités susdites sont plus rares. C'est pour cela aussi que les amitiés se forment si difficilement, et qu'elles ne sont, à proprement parler, que des essais sans résultat. Elles ont le sort de ces insectes qui mettent trois ans à se former pour ne vivre que peu de minutes.
Un ami en amène un autre.
Une personne invitée dans une maison y amène quelquefois une autre personne qu'on n'attendait pas, et la présentation se fait avec des excuses auxquelles on répond: Un ami en amène un autre. Les Anglais disent: «My friend's friend is welcome. L'ami de mon ami est le bienvenu.» Les Italiens ont ce proverbe dérivé d'un usage ecclésiastique: «Ogni prete può menar un chierico. Tout prêtre peut amener un clerc.»
Chez les Romains le convive amené à un festin par un invité s'appelait ombre, sans doute parce qu'il suivait son introducteur comme l'ombre suit le corps, et leur proverbe correspondant au nôtre était: «Locus est et pluribus umbris. (Hor., lib. I, epist. V.) Il y a place pour plusieurs ombres.»
Ami jusqu'aux autels.
Usque ad aras amicus. Proverbe que les Latins avaient emprunté aux Grecs pour signifier qu'on est disposé à tout faire pour ses amis, excepté ce qui est contraire à la religion et à la conscience. Ce proverbe, rapporté par Plutarque et par Aulu-Gelle, est une réponse de Périclès à un de ses amis qui l'engageait à prêter un faux serment en sa faveur. Il est fondé sur l'antique usage de jurer la main posée sur un autel.
François Ier en fit une noble application lorsque, en 1534, il écrivit au roi d'Angleterre Henri VIII, qui lui conseillait de se séparer de l'Église romaine comme il venait de le faire: Je suis votre ami, mais jusqu'aux autels.