--Alors expliquez votre conduite et faites-moi connaître au moins le pouvoir occulte auquel vous obéissez.
--Impossible. Le secret qui me lie n'est pas le mien et je n'ai pas le droit de le révéler.... Ce serait un crime. Dieu seul peut le dévoiler. Rodolphe, il est un homme qui saura tout parce que cet homme prend la place de Dieu, c'est le prêtre. Je lui dirai tout; je lui ouvrirai mon coeur; il y verra tout l'amour que j'ai pour vous, toutes les angoisses qui me torturent. Il vous dira ensuite si je suis digne de mépris ou de pitié.....
Rodolphe réfléchit un instant puis il reprit d'une voix grave et brisée.....
--Léontine, ce que vous faites doit être bien, malgré le mal que j'en ressens. Vous m'aimez et vous me sacrifiez à un devoir plus saint que l'amour, que Dieu soutienne votre courage. Je serais indigne de vous si je ne respectais point votre secret ou si je suspectais vos motifs.
--Rodolphe, je n'ai plus qu'un espoir...... mourir bientôt......
Quand mademoiselle D'Aucheron fut sortie, Rodolphe et sa cousine, profondément attristés, cherchèrent longtemps, mais en vain, qu'elle pouvait être la cause de cette détermination subite.
--O mes beaux rêves! ô mes doux espoirs! ô félicités divinement entrevues!... adieu! adieu! dit à la fin le jeune docteur, et son front resta longtemps appuyé sur sa main. Un souffle avait passé et l'édifice de sa félicité n'était plus qu'une ruine.
XVI
Madame D'Aucheron, certaine maintenant que son ancien amant ne la trahirait point, se livrait à des accès de folle gaîté, riait, se moquait de la peur qu'elle avait eue, s'apostrophait à cause de sa sottise. Elle voulait se dédommager de ses angoisses. Elle s'attendait si peu à ce retour de la fortune. Les bonheurs vont deux par deux comme les malheurs. Quel allait être l'autre? Elle ne tarda pas à le savoir et faillit, dans sa joie inopinée, gâter sa délicieuse quiétude par une parole imprudente. Elle était dans son boudoir, voluptueusement enfoncée dans une berceuse de velours, rappelant avec délice les amertumes qu'elle avait bues, quand sa fille entra, se mit à genoux devant elle, l'entoura de ses deux bras et, l'embrassant avec une fiévreuse ardeur, lui dit:
--Mère, je n'apporte plus de résistance à tes volontés; je suis ton enfant soumise.