D'Aucheron jouait à la bourse. Il spéculait, achetant et vendant par l'intermédiaire d'un courtier, sans rien en posséder jamais, des actions de toutes les compagnies: compagnies de chemins de fer, de bateaux à vapeur, de canaux, de mines, et comme tous les spéculateurs, il s'éveillait quelquefois au chant de la hausse et souvent au gémissement de la baisse. Vilbertin lui prêtait les fonds et touchait les meilleurs bénéfices. Ce jeu de bascule avait des enivrements indicibles. Ceux qui risquent, sur le caprice des cartes, l'argent dont ils semblent embarrassés, peuvent avoir un aperçu du délire de ces grands joueurs aux millions, quand la partie s'engage à cent endroit divers et contre mille joueurs différents. Il y a, comme aux cartes, des trucs formidables, des coups d'une hardiesse folle, des succès inespérés, des pertes inouïes. Les lutteurs sont aux aguets; ils écoutent toutes les rumeurs, pèsent toutes les probabilités, questionnent continuellement les sentinelles qui se tiennent à l'affût. Le télégraphe parle partout à la fois à ces terribles hommes de proie, et chaque minute peut apporter un nouveau malheur ou une chance nouvelle....

D'Aucheron venait d'entrer chez le notaire. Il était très pâle, très énervé.

--Mauvaises nouvelles, dit-il. Les actions de la compagnie minière ont encore baissé tout à coup d'une façon désolante.... Elles sont descendues à cinquante-sept.

--Le notaire eut envie de sourire, mais il s'observa.

--C'est le temps d'acheter, répondit-il.

--Oui, mais il faut payer... j'en ai acheté trois cents sur marge, il y a un mois, à soixante-sept; c'est une perte énorme.

--C'est un peu lourd, en effet, dit le notaire.

--Il faut que je paie, cependant; j'attendrai ensuite que la hausse revienne; cela ne peut pas durer longtemps.

--J'espère que non, fit le notaire.

--Tu as été bien inspiré, toi, de ne pas acheter; tu croyais cependant qu'il n'y avait pas de danger.