--Comment cela? quel est cet homme? demanda D'Aucheron.
--C'est la Longue chevelure, répondit l'abénaqui. Il nous tient tous sous son pied, et il nous peut tous écraser comme des vers de terre.
--Quant à moi, continua D'Aucheron, je ne vois pas ce qu'il peut me faire....
--L'indien le sait, lui, et c'est terrible, va!
--Si le sioux disparaissait, demanda le notaire, tout s'arrangerait? Il n'y aurait plus d'obstacles à mon mariage?.... La paix de tout le monde serait respectée?
--Oui! s'écrièrent à la fois Sougraine et madame D'Aucheron.
--Comment peut-il se faire, demandait D'Aucheron, qu'un homme qui ne nous connaît que depuis quelques jours, qui a passé toute sa vie loin de nous, qui est parfaitement étranger à nos relations et à nos projets, devienne tout à coup l'arbitre de nos destinées, nous oblige à faire ce que nous ne voulons pas, et à nous désister de ce que nous voudrions faire. Parlez donc, vous autres qui connaissez ses motifs et qui vous montrez les esclaves de ses volontés, parlez donc! Quand on saura ce qu'il est, ce qu'il médite, ce qu'il ose on pourra déjouer ses desseins. Rencontrons-le face à face. Avons-nous peur d'engager la lutte? Encore une fois, que peut-il nous faire? Nous n'avons rien à cacher dans notre existence. Aurions-nous quelque chose, que ce ne serait pas lui, cet étranger, qui feuilletterait le livre de notre vie? Vous a-t-il achetés avec ses diamants? Quel intérêt a-t-il à empêcher le mariage de Léontine avec M. Vilbertin?...
Madame D'Aucheron écoutait la tête basse, l'abénaqui paraissait distrait. Il cherchait à oublier le danger dont il était menacé.
La position que prenait D'Aucheron n'avait rien de bien rassurant pour lui.
--Voilà du singulier, ajouta D'Aucheron. Il faudra toujours bien que j'aille au fond de ce mystère.