--Bon jour, Monsieur et Madame, dit-elle, comment vous portez-vous? Assez bien, Dieu merci au bon Dieu. Assoyez-vous donc. Merci, je ne veux pas être longtemps.
On dit que j'aime les pommes
A la douzaine!
On dit que j'aime les pommes
A la douzaine!
Picounoc et Noémie la regardaient en souriant, accoutumés qu'ils étaient à ces folies inoffensives.
--Vous m'inviterez aux noces, continua-t-elle. Vous jouerez du violon et je danserai toute seule avec tous les autres. Je m'en vais chez le bossu, de ce pas-là; il m'a promis une épinglette pour me mettre dans les oreilles. On est en amour tous les deux. Si je peux mettre la main dessus, je vous promets qu'il va la rouler sa bosse, une butte! J'ai une rivale, c'est mademoiselle Picounoc, mais, les rivales, quand je me montre, ça fond comme le beurre dans la poêle!
--Pauvre Geneviève! murmurait Noémie.
--Elle n'a plus la moindre étincelle d'intelligence, dit Picounoc.
--Je cherche Djos, ton mari, reprit la folle s'adressant à Noémie, si je le trouve je le garde, tu n'en as plus besoin, puisque tu prends ce grand maigre-échine-là. Djos! c'est ça qui était un bon patriarche. Je l'ai bien connu dans l'ancien temps. Alors on l'appelait Joseph, et il avait un beau manteau qu'il prêtait aux dames trop frileuses. Mais tiens! je m'aperçois bien que vous me dérangez, adieu! bon jour, bon soir! je m'en vais, tu t'en vas, il s'en va, nous nous en allons; vous vous en allez, ils s'en vont... à la mort! à l'échafaud!