Et elle sortit.

--Cette folle, remarqua Picounoc, elle a parfois des paroles lugubres.

Noémie avait des larmes dans les yeux.

--Je vais aller voir le bossu, continua Picounoc, et je vous jure de faire l'impossible pour le désarmer et vous le rendre un peu plus favorable.

IV

UN DE PERDU TROIS DE TROUVÉS.

Baptiste éprouvait d'horribles tortures morales, mais son visage impassible les dissimulait bien. Il avait appris des sauvages à déguiser ses sentiments et à cacher ses émotions. On lui délia les pieds pour qu'ils put marcher, mais on lui attacha les mains derrière le dos. Il trébuchait parfois, et parfois tombait sur le terrain embarrassé. On le rouait de coups alors au grand amusement du chef. La perspective n'était pas gaie. Il regrettait de n'avoir pas été, comme son compagnon qu'il croyait mort, atteint par une balle meurtrière. Que d'ignominies et de souffrances lui eussent été épargnées! Il eut envie de réveiller la sensibilité du chef en lui parlant du pays, des parents qu'il avait dû aimer, de la religion qui avait embelli son enfance. Car, il le savait, ce chef n'était pas un véritable indien, mais bien un renégat.

--Chef, dit-il en français, car je vois bien que tu n'es pas né dans les bois, et que tu es un enfant des peuples civilisés, au nom de la mère qui t'a donné le jour, rends-moi donc la liberté, et jamais, je le jure, je ne ferai rien contre la tribu qui t'a choisi pour son maître.

--La mère qui m'a donné le jour a bien eu tort, répondit, en français, le chef un peu surpris--et toi, tu as eu tort aussi de tomber entre mes mains.

--Pourquoi cette vengeance? je ne t'ai jamais fait de mal.