--Les Couteaux-jaunes ne sont donc pas loin? demanda le grand-trappeur.
--A quelques heures seulement.
--Dans la direction nord, si j'en juge par la marque que vous avez faite sur les bouleaux, car je suppose qu'elle est de vous.
--En effet. Ils se dirigent sans doute vers le lac noir par où ils ont coutume de passer.
--Ils iront peut-être à l'embouchure de la rivière Claire pour faire la pêche, et se donner le luxe d'un festin, avant de s'enfoncer plus avant dans la forêt, observa Félix Rivard.
--Oh! yes, dit l'anglais, car ils ont much wisky.
--Ils ont coutume de faire la traite à la baie d'Hudson; j'ai entendu parler d'eux au fort d'York, dit l'ex-élève.
--Il faut marcher vite, reprit le grand-trappeur, et se rendre à la rivière Athabaska. Si nous ne les trouvons pas là, nous passerons par le fort Pierre à Calumet pour acheter de la poudre et des balles.
--Mon Dieu! ils auront peut-être tué mon pauvre compagnon de chasse, et nous arriverons trop tard.
--Ils sont trop barbares, répliqua le grand-trappeur, et se complaisent trop dans les souffrances de leurs victimes pour les immoler si tôt. Ce n'est pas durant la marche qu'ils tuent leurs prisonniers; ils s'arrêtent, boivent, mangent et dansent, d'abord, sous les yeux du condamné, et puis, quand ils sont las des jouissances ordinaires, ils se gorgent de sang.