--On y est accoutumé; mais toi!...

--Mais moi? j'en mangerai aussi.

--Va chercher du pain de blé, Henriette.

--Où vais-je aller?... les gens, vous le savez bien, n'aiment guère à prêter....

--Victor comprit tout: Je n'ai plus faim, dit-il.... Bientôt, je l'espère, je pourrai vous apporter de meilleur pain, ma bonne mère. Je pourrai relever cette maison qui tombe, améliorer cette terre qui ne produit plus que du mauvais grain, car je vais travailler; je veux me faire une place au soleil!

La veuve pleurait: Cher enfant, soupira-t-elle, il sera trop tard.

--Que voulez-vous dire? vous m'effrayez... Vous êtes malade? les chagrins, le travail et les privations vous ont brisée?...

--Notre terre va être vendue... tu le sais, elle a été décrétée....

--Vendue! c'est vrai! et par celui qui vous a prêté de l'argent pour me faire instruire! C'est pour moi que vous vous êtes ainsi jetée dans la misère! Oh! que Dieu me donne la force et les moyens de vous prouver ma reconnaissance! Mais, comment se fait-il que celui qui nous a rendu service pendant tant d'années, retire tout à coup ce bras qui nous soutenait?

--Quand on doit, mon fils, il faut payer: souvent le créancier n'a pas tort.