On lui donna ce qu'il voulait.
--Au revoir, dit-il, et il s'élança, libre comme l'oiseau, dans la forêt qu'il aimait tant.
Le Hibou-blanc sourit en le voyant partir, et s'approcha d'Iréma.
--J'ai tenu parole, tu vois comme je t'aime.
--Iréma ne t'aime point, mais elle tiendra sa parole aussi bien que toi.
Le grand-trappeur s'arrêta bientôt et se mit à genoux. Pendant longtemps il pria. De quelque côté qu'il put aller il s'attendait à être assassiné, car il connaissait la perfidie des Couteaux jaunes et de leur chef blanc, le renégat. Il marcha avec toutes les précautions possibles, et souvent il mit son oreille contre le sol pour percevoir les sons et découvrir le passage de quelque voyageur. Il se serait bien caché, mais il fallait ne pas mourir de faim, et, alors faire la chasse et probablement se trahir.
Les dix indiens s'étaient arrêtés à une courte distance, et formaient un cordon comme les tirailleurs qui se dispersent sur le champ de bataille. Ils guettaient, attentifs, épiant tous les bruits de la forêt. Tout à coup l'un d'eux entendit le bruit des rameaux qui craquaient sous des pieds pesants. Il tressaillit et s'assura, que son fusil était bien chargé. Mais le bruit s'éteignit peu à peu, puis il se fit entendre dans une autre direction:--C'est le diable que cet homme, pensait-il, il court avec la rapidité d'un cerf... mais il ne nous trompera pas. Plusieurs des indiens entendaient le bruit et tenaient en eux-mêmes le même langage. Le premier qui avait été mis en éveil, oubliait, petit à petit, en songeant à sa belle sans doute, la glorieuse mission qu'il avait à remplir, quand il fut tiré de sa rêverie par un murmure, et un violent froissement de feuilles sèches: Il est passé! le misérable, cria-t-il. Et, se levant, il fit par accident tomber la gâchette de son fusil. Le coup partit et la forêt résonna au loin. Alors un homme robuste et grand se cacha derrière une souche noire et, là, il attendit quelques instants pour voir d'où venait le danger. C'était le grand-trappeur. L'indien maladroit rechargea sa carabine et se tint debout. Le fugitif ne pouvait pas le voir. Les autres indiens crurent le grand-trappeur mort, et ils accoururent. Se voyant cerné--car des pas précipités résonnaient de toutes parts autour de lui--le grand-trappeur se leva pour fuir. L'indien qui venait de recharger sa carabine l'aperçut. Il eut un éclat de joie dans les yeux, épaula son arme et... tomba mort. Le grand chef fuyait, il ne le vit point tomber. Trois autres arrivèrent essoufflés, haletants, mais la figure souriante....
--Est-il mort? se demandèrent-ils?
--Oh! yes! et toi, mourir aussi, dit une voix étrange.
Et, au même instant, l'indien tomba frappé par une balle....