--Accipe ballam meam! cria une autre voix. Et un troisième indien tomba.

--A moi l'autre! à moi l'autre! dit Baptiste; mais le quatrième se sauvait; une balle lui écorcha le bras en passant. Les autres indiens qui accouraient aussi s'arrêtèrent au bruit de la fusillade. La peur les saisit, vaillants loin du danger, toujours prêts à assassiner leur ennemi confiant, ils ne s'exposaient guère sans nécessité et isolément. Ils revinrent au lac Noir.

Le blessé les suivit de près. Le vieux chef était dans une inquiétude extraordinaire. L'écho avait apporté le bruit des détonations des armes à feu, et il était facile de conclure qu'un engagement avait eu lieu entre les indiens et quelques ennemis. Peut-être aussi que le grand chef, blessé d'abord, s'était défendu longtemps avant de tomber; peut-être étaient-ce ces quelques chasseurs canadiens laissés à l'embouchure de la rivière Claire, il y avait quelques jours. Cette réflexion était la plus juste. Et le blessé dissipa tout doute à ce sujet, car il avait entendu l'anglais de John, et le latin de l'ex-élève, et de plus, la balle de Baptiste l'avait richement effleuré. Le Hibou blanc venait de passer de la joie à la colère et de la confiance à la peur.

--Et le grand-trappeur est-il encore vivant? demanda-t-il au blessé.

--Le grand-trappeur doit être mort. Il n'était pas avec les autres chasseurs. Il s'est sauvé dans la direction de la rivière Athabaska et plusieurs balles l'ont suivi....

--L'ont-elles atteint?

--Oh! Oui... je le crois, je l'ai vu tomber... c'est alors qu'avertis par mon coup de feu, les blancs sont accourus et m'ont attaqué. C'eût été folie de lutter contre plusieurs, je suis revenu.

La vérité était légèrement altérée, mais ce récit, fort vraisemblable, valut à l'indien perfide de chaudes marques de sympathie.

--Levons le camp, ordonna le chef, et marchons vers le grand lac des Esclaves.

XIII