--Ceux qui vous connaissent, repartit le prêtre.
Le Hibou-blanc promena autour de lui un regard anxieux; il aperçut les chasseurs Canadiens et se mit à trembler de rage: Je suis libre de vivre ici ou ailleurs, et de la façon qu'il me plaît, répondit-il au missionnaire.
--C'est vrai, mais je ne puis vous marier sans savoir votre nom.
Le Hibou-blanc passa sa main ridée sur son front couvert de sueurs, il hésita une minute, puis, à la fin, convaincu que personne, au milieu de cette solitude lointaine, ne le connaissait ou n'avait entendu parler de lui, il reprit son assurance arrogante et dit à haute voix: Je m'appelle José Racette!
--Racette! crièrent deux échos....
Une angoisse horrible saisit le vieux chef. Il se maudit d'avoir été assez bête pour dire son nom, car il vit qu'il était connu. L'ex-élève et Baptiste s'étaient approchés, la terreur ou la colère peinte sur la figure. Ils ne disaient rien et regardaient avec une fixité brûlante le vieux renégat. D'un autre côté, une jeune religieuse, l'amie d'Iréma, s'était affaissée sur le sol.... On se hâta de lui porter secours.
Elle reprit ses sens, mais ses yeux se détournèrent avec horreur de Racette, et se reposèrent avec pitié sur Iréma.
--Que veut dire ceci? demanda le prêtre; que ceux qui savent quelque chose parlent! Je le permets, et Dieu le veut....
Alors l'ex-élève s'écria, content de donner cours à son indignation:
--Racette! quoi! c'est vous, misérable! vous, un voleur de grand chemin! un ravisseur de jeunes filles, un assassin! un échappé du pénitencier! qui vous cachez ainsi sous le masque de l'indien pour échapper à la justice des hommes, et continuer vos oeuvres damnées! ah! si le prêtre me le permet, vous ne tuerez plus personne! Et, disant cela, il levait son bras armé du terrible couteau. Ses compagnons l'encourageaient de leurs frémissements. Le prêtre l'arrêta.