--Vous connaissez Racette? demanda l'ex-élève au grand-trappeur.
--Hélas! si je l'ai connu!...
--Pas mieux que moi, toujours! Si vous saviez tout le mal qu'il a fait! Si vous saviez comme il a persécuté le meilleur de mes amis, Djos, le pèlerin de Ste. Anne!
Une pâleur affreuse couvrit la figure honnête du trappeur. L'ex-élève continua: Pauvre Djos! s'il n'avait pas eu tant d'ennemis il vivrait encore sans doute et serait heureux!... son enfant ne serait point orphelin, sa femme ne serait pas veuve!...
--Sa femme veuve! fit le grand-trappeur, d'une voix étranglée.
--Veuve depuis vingt ans passés, reprit l'ex-élève--si elle ne s'est pas remariée, bien entendu....
--Tu te trompes, mon ami, repartit le grand-trappeur, tout frémissant, Djos a tué sa femme dans un moment de folie....
--Sa femme? s'il l'avait tuée je ne l'aurais pas vue, je ne lui aurais pas parlé il y a cinq ans!... c'est la femme de Picounoc qu'il a tuée... et encore on ne sait pas si c'est lui qui l'a tuée....
Le grand-trappeur, défait, tremblant comme un homme qui tombe épuisé par les tortures, s'appuya sur ses amis Baptiste et l'ex-élève. L'eau ruisselait froide de ses tempes, et ses dents claquaient. L'ex-élève continua: Moi, j'ai toujours cru que Picounoc avait tué sa femme lui-même et peut-être tué Djos aussi, car il aimait Noémie, la femme de Djos, et quand on aime comme cela....
--Pitié! mon Dieu! pitié! s'écria tout-à-coup le grand-trappeur. Et il tomba à genoux les mains levées vers le ciel.