--Comment! est-ce qu'il n'est plus ton ami?..

--Depuis qu'il est le tien....

--Que veux-tu dire? je ne te comprends, pas....

--Tu me comprends, Noémie....

--Mon Dieu! quel est cet air mystérieux?...

Pourquoi parles-tu ainsi? tu m'effraies! tu n'est plus le même depuis quelques jours! dit la jeune femme d'une voix émue!

En effet, depuis l'épluchette, Djos n'avait pas eu les franches et plaisantes manières de son accoutumée: il était resté morose, sortait le matin sans embrasser sa femme, et le soir, à son retour du travail, paraissait lui laisser prendre à regret le baiser qu'elle avait l'habitude de prendre. Noémie avait bien remarqué cette froideur subite, car les femmes sont sensibles et rien n'échappe à leur esprit d'observation,--mais elle n'avait pas interrogé son mari, croyant que chaque minute de ce petit contre-temps était la dernière, sachant qu'elle n'avait rien fait qui put le chagriner. Elle avait souffert en secret et s'était rapprochée davantage de son enfant. Les mères qui ont des afflictions ne se lassent point de les confier, à ces divines petites créatures que Dieu leur a données dans sa miséricorde, et elles épanchent leurs regrets sur les berceaux qui devaient être les confidents de leurs espérances.

La nouvelle épluchette de blé d'Inde eut lieu le mardi suivant, et elle fut joyeuse comme la première. On regretta cependant l'absence de Joseph et de Noémie, car tous deux étaient estimés, d'un entretien agréable et bien éveillés.

--C'est curieux que Djos ne soit pas encore revenu de St. Jean, dit le maître de la maison.

--En effet, il devait être chez lui à six heures, le plus tard.