--Est-ce un reproche? demanda-t-elle.
--Non, c'est une plaisanterie.
Le grand-trappeur recueillait avec une joie folle ces paroles légèrement acidulées. N'importe, les jeunes gens s'amusaient bien et le violon ne se reposait guère. Victor et Marguerite étaient radieux. Plus d'un oeil jaloux les regardait. Quand le violonneux eut le bras fatigué de promener l'archet, et les talons fatigués de battre la mesure, on demanda au trappeur de raconter quelque histoire d'indien. Il ne se fit pas prier.
--Avez-vous connu un nommé José Racette? commença-t-il.
--Racette! José Racette! répondit Picounoc étonné, oui: oui! je l'ai connu, moi.
--Moi aussi, hélas! ajouta, d'une voix triste, la veuve Letellier.
--On ne l'a pas connu, mais on a entendu parler de lui, dirent les jeunes gens.
--Eh bien! José Racette, continua le grand-trappeur, est un chef sauvage, maintenant.
--Un chef sauvage! s'écria tout le monde.
--Oui, le chef de la tribu des Tranltsan-otinés--en français, des "Couteaux-jaunes", et se nomme le Hibou-blanc.