--Le Hibou-blanc! firent les autres.
--Il est plus cruel que les indiens, plus impie que le diable, et je crois qu'il se prépare une fin des plus horribles.
--Il était un rien qui vaille, un misérable, avant de se faire sauvage, dit Noémie, rien de surprenant qu'il ne soit pas en odeur de sainteté, maintenant.
--Il s'efforce, reprit le trappeur, de détruire l'oeuvre magnifique des missionnaires de la foi. Pendant que nos saints envoyés prient, souffrent et instruisent les infidèles, lui, il les scandalise et les pervertit. Mais j'espère que son règne achève, car il est connu aujourd'hui: on sait son nom et ses antécédents Voici comment Dieu a permis que cet homme fut démasqué et confondu. Et le grand-trappeur fit le récit des actions lâches et cruelles dont s'était rendu coupable le Hibou-blanc. Il termina par le coup de théâtre qui eut lieu dans l'humble chapelle, au fort Providence, quand, pour épouser Iréma la belle Litchanrée, il révéla son nom.
Plusieurs fois, pendant ce récit, des larmes remplirent les yeux de Noémie et des jeunes filles, et, plusieurs fois des exclamations de surprise échappèrent aux bouches avides et attentives.
--Tantôt, après la danse qui va recommencer, quand vous aurez encore besoin de repos, je vous parlerai d'un autre personnage que vous devez aussi avoir connu.
--Qui? qui?... l'ex-élève? Paul Hamel?
--Tantôt.
Et la danse reprit plus légère, plus vive et plus animée que jamais. Le violon résonna avec un redoublement de vigueur et d'éclat. On entendait la mesure que marquaient les pieds, comme on entend les coups retentissants et cadencés de trois fléaux qui battent la même airée. Et, quand le dernier cotillon eut arrêté ses tourbillons étourdissants, la foule anxieuse entoura de nouveau le conteur.
--En vous parlant de Racette, le renégat, je vous ai nécessairement parlé du grand-trappeur, son plus mortel ennemi, reprit le chasseur.