--Parce qu'elle a juré se nommer Eugénie Laroche, femme Gagnon, et qu'elle se nomme Ombéline Racette, et... qu'elle est ma femme?
Le vieillard, honteux, et chagrin d'avoir à révéler de pareilles turpitudes, courba la tête, et un grand murmure remplit la salle. Le juge ordonna d'amener cette femme et de la mettre en présence du témoin. Quand elle aperçut le vieillard elle recula en faisant un geste de menace ou d'effroi:
--Toi ici! dit-elle.
--Pour te confondre, misérable! répondit le vieillard d'une voix sourde et terrible.
--Reconduisez cette femme en prison! ordonna le juge.
--Il reste un dernier témoignage, reprit Victor, qui sait si la pauvre folle lâchement assassinée ne parlera pas du fond de sa tombe. Voici le document qu'elle nous a laissé. Il est scellé, et il ne doit pas l'être par un simple caprice d'une imagination malade. Si votre honneur le permet, je romps l'enveloppe.
Sur un signe du juge, le papier fut coupé et la petite porte du fanal s'ouvrit. Il n'y avait rien dedans qu'un petit bout de chandelle. Le fanal passa de main en main. Personne n'y trouva rien d'extraordinaire d'abord. Tout à coup le jeune avocat s'écria d'un air de triomphe en levant les mains au ciel:
--A quoi tient donc l'intelligence, la science et l'esprit, si une pauvre folle trouve d'un coup ce que nous cherchons, si longtemps! La chandelle de ce fanal n'a jamais été allumée!...
Pendant une minute l'huissier fut impuissant à contenir l'émotion de la foule. Ce simple oubli du meurtrier allait le confondre à jamais. En examinant le revers de papier qui entourait le fanal, on aperçut quelques lignes d'écriture, et voici ce qu'on lut:
--Picounoc ment quand il dit qu'il s'est servi de son fanal pour s'éclairer; il doit mentir aussi quand il accuse Djos du meurtre d'Aglaé. Si Djos revient cela pourra le sauver.