Picounoc pensa: La paix ne sera pas longue; ce n'est qu'un armistice.

Le marchand, content de la vente qu'il vient de faire, recharge sa boutique sur son dos, ou plutôt sur sa bosse passe les courroies de cuir sur ses épaules et sous ses bras, les boucle serré, salue et sort.

--Quel drôle de compère! s'il avait la barbe rouge et le dos moins difforme, je le prendrais pour quelqu'un que j'ai bien connu, pensa Djos.

Quand le marchand fut à quelques pas de la maison, il se détourna.

--Mille noms! dit Djos qui sort pour reconduire Picounoc, je crois que, c'est lui.

Le marchand continua sa route.

Picounoc ne remarqua pas l'exclamation de son ami; il avait quelque chose en tête. Il partit et atteignit bientôt le colporteur.

--Vous avez encore un châle semblable à celui que vous venez de vendre, lui dit-il.

--Non, monsieur, pas tout à fait pareil. La différence n'est que dans la fleur, cependant; l'une est rouge: ce sont des roses entrelacées, l'autre est bleue: une poignée de myosotis. C'est aussi beau d'une façon que de l'autre. Voulez-vous le voir? Vous demeurez près d'ici n'est-ce pas? Je vais entrer chez vous... Votre femme serait jalouse si elle n'avait pas un châle aussi beau que celui de sa voisine, et celui qui me reste est plus beau... Ce sont des fleurs bleues; c'est plus délicat que le rouge; c'est de meilleur goût.

--En avez-vous vendu d'autres dans la paroisse?