--Conditions faciles. Je pourrai en vendre avec des fleurs bleues?

--Bleues, jaunes, violettes, rouges, pourvu que ce ne soient pas deux roses.

--La semaine prochaine, vendredi ou samedi, vous l'aurez.

En effet, le bossu revint, et Picounoc paya de bon coeur le châle demandé. En sus, il offrit un verre au marchand, qui se donna garde de le refuser. Aglaé ne vit pas alors le joli cadeau que son mari lui destinait; malade depuis quelques jours, elle ne laissait pas encore la chambre où elle venait de donner le jour à une belle grosse fille.

Un rayon de soleil entra dans la maison assombrie de Joseph Letellier. Je ne parle pas du soleil matériel qui entre indifféremment dans toutes les demeures, pourvu que l'on ouvre les volets; mais de ce soleil de l'âme qui ne se lève que dans la paix et ne brille que pour la vertu.

VII

LE RENDEZ-VOUS.

Voyant sa femme toujours triste, pieuse et soumise, Joseph commença à croire qu'il l'avait soupçonnée à tort ou qu'elle revenait à lui. Noémie renaissait à l'espérance, car elle trouvait son mari moins indifférent, moins sombre. Elle surprenait parfois un sourire sur ses lèvres, un soupir dans son coeur. Picounoc observait les époux.

--Batiscan! se dit-il, à part soi, un soir qu'il avait veillé avec eux, il est temps d'agir, si je ne veux perdre la partie.

Il se mit à visiter plus souvent ses jeunes voisins, s'efforçant de leur être agréable en toutes manières. Djos était prévenu et faisait bonne garde. Cependant il s'absentait souvent pour aller au champ, ou au moulin, ou au marché; car les cultivateurs doivent voir à ce que leurs récoltes soient sauvées en bon ordre et bien vendues. Picounoc guettait le moment ou Noémie restait seule pour aller, sous un prétexte quelconque, la voir et lui parler. Il connaissait sa vertu et ne disait jamais rien qui put l'effaroucher. Mais il payait la petite Mercier pour raconter à Djos ses visites fréquentes. Et, comme l'on aime à dire du mal, la petite Mercier en disait pour plus que son argent. A la fin Djos en prit ombrage: