--Es-tu morte?

Il tâta le crâne, et vit qu'il était brisé. Alors il étendit la morte sur la couche de verdure tachée de sang, et se dirigea vers la barrière du jardin. Quelque chose d'étrange se passait au fond de son âme, et sa colère, un instant apaisée, se réveillait plus terrible. Il ne tenait plus son arme meurtrière, mais ses poings osseux étaient fermés, et il éprouvait comme un besoin de frapper encore. L'image de Picounoc passa devant ses yeux, moqueuse et provocatrice. Il frémit et leva le bras sur elle. Son ami lui apparaissait dans toute sa hideur.

--Picounoc! cria t-il.

--Que veux-tu? répond celui-ci qui se tient prudemment à l'écart.

--Où es-tu? Viens ici, continue Djos d'une voix que la colère rend tremblante.

Picounoc ne répond pas.

--Je te rejoindrai, bien, va, maudit! Pourquoi as-tu perdu ma femme? Pourquoi m'as-tu révélé mon malheur? J'étais heureux! je l'aimais! fallait me laisser ignorer ses fautes!...

Et, tout en faisant ces reproches à son ami, il le cherchait sous les arbres, marchant fiévreusement, tantôt droit, tantôt courbé, secouant et cassant, de ses mains puissantes, les branches qui lui barraient le passage. S'il l'eût attrapé, il lui eût fait payer cher sa dernière fantaisie; mais Picounoc avait enjambé la clôture et s'enfuyait à la maison.

--Lâche! hurla Djos... tu fais bien de te cacher.... mais je te rejoindrai tôt ou tard....

Il sortit et se rendit chez lui. La petite José-Antoine, qui berçait l'enfant sur ses genoux, lui dit en le voyant entrer.