--Oui, répondit une voix de femme, quelqu'un vient, je crois, sauvons-nous!...

--Non, restons, mais ne disons rien, écoutons encore.

Ils écoutèrent longtemps, mais le silence était profond. Djos se tenait immobile à quelques pas.

--Il n'y a personne, reprit Picounoc, c'est une pomme qui est tombée de l'arbre, ne crains rien, Noémie. Enveloppe-toi dans ton châle à cause du serein. Appuie ta tête sur mon bras ma bien-aimée. Il faut que je voie tes beaux yeux noirs, ne serait-ce qu'un moment.

--Alors il frotta sur une pierre une allumette chimique. A la pâle lueur qui s'épandit sous les rameaux, Djos vit, enveloppée dans le beau châle de soie aux roses entrelacées, une femme à demi-couchée sur la pelouse, les pieds perdus sous les touffes de trèfles et la tête appuyée sur le bras de Picounoc.... Au même instant Picounoc, soulevant le coin du châle qui voilait la tête de cette femme, imprima sur des lèvres brûlantes un long baiser. Djos ne vit plus rien, car la lueur s'éteignit, et ses yeux se remplirent de larmes ardentes comme la poix. Il sent une rage immense lui monter du fond du coeur jusqu'au cerveau, bondit, jette une clameur et, de son bras terrible, abat le rondin sur la tête de la femme heureuse.

--Picounoc se dresse, feignant la surprise et la colère:

--Tu l'as tuée, malheureux, dit-il....

--Tant mieux, répondit, Joseph, grisé par la jalousie, la colère et le sang. Puis il se pencha sur le cadavre.

--Noémie, Noémie, dit-il, d'une voix saccadée, que Dieu te pardonne ce que je n'ai pu te pardonner, moi!...

Il prit la femme et la releva.