--Je t'aime! disait Picounoc en passant sous les arbres ombreux.

La brûlante déclaration fut suivie d'un profond soupir.... Les rameaux s'agitaient au passage des amoureux, et, quelques fruits mûrs, pommes et prunes, roulaient avec un bruit léger sur le gazon.

Djos avait un poids énorme sur la poitrine--c'était le poids de la douleur et de la colère--il râlait comme un moribond; une sueur froide mouillait ses tempes.

--Asseyons-nous ici, dit Picounoc, l'herbe est touffue et molle, ô ma douce Noémie.

Djos eut envie de pousser une clameur, le son expira dans son gosier. Il serra convulsivement le bâton qu'il tenait à la main.

--Pourquoi, ô Noémie, pourquoi m'as-tu fait si longtemps souffrir? tu sais que je t'aime depuis que je t'ai vue pour la première fois.

Un baiser sonore retentit sous les arbres chargés de fruits, et la joue de la jeune femme s'empourpra comme les prunes suspendues aux branches. Djos fit un pas. Celui-là eut été effrayé qui eut pu voir la pâleur de son visage et le feu de ses orbites. Ses mains musculeuses s'ouvraient et se fermaient comme les serres des éperviers; il se penchait sous les arbres et tâchait de voir, dans l'obscurité, ce qui se passait à quelques pas de lui.

--C'est donc vrai, pensait-il, plus de doute! elle est infidèle!... elle me trahit! elle oublie ses serments et mon amour! elle oublie notre enfant!... elle oublie qu'elle est mère!... Ah! c'est trop souffrir, mon Dieu! c'est trop souffrir!... que ne suis-je mort avant d'avoir connu ma honte et mon infortune!...

Il fut distrait de ces pensées amères, par le bruit de plusieurs baisers; il s'avança soudain vers le couple heureux, puis s'arrêta comme s'il eut regretté de s'être trahi....

--As-tu entendu, dit Picounoc?