De sa bouche approchait la bouche saignante de Dolorès. Le parfum de roses rouges afflua vers le visage du jeune homme, changea l'air. Ainsi la passion de l'espagnole le pénétrait d'avance. Leur désir frissonna dans ses lombes, secoua son échine, battit ses tempes, crispa ses mains qu'elle saisit...

—Mon âme est à Dieu. Mon cœur est à vous, Omer... murmura-t-elle en se penchant jusqu'à toucher son épaule.

—Vous le dites! vous le dites! Votre âme est à Dieu... Elle ne peut appartenir à un mortel!

—Mais l'univers entier et les humains, le Seigneur les possède. Comment êtes-vous jaloux de Lui? Pensez-vous échapper à sa loi?

—Hélas! non... Pourtant si j'aimais, je haïrais, il me semble, Dieu lui-même... comme un rival.

—Oh! taisez-vous, taisez-vous...

Épouvanté, l'esprit catholique de Dolorès se refusa. Toutes les superstitions et toutes les piétés d'une race se révoltaient dans la folie de sa chair.

—Faudrait-il donc, murmura-t-elle en reculant, abjurer ma foi si je désirais vaincre cette jalousie singulière. Faudrait-il que j'immole ma foi...?

—...Je ne sais,.. répondit-il... En vérité, je ne puis le savoir...

Et il s'effondra, comme accablé, sur l'ottomane.