—Votre fervente piété d'abord. Depuis le retour de ma mère à Paris, vous l'accompagnez dans tous ses pèlerinages à travers les églises. Vous vous agenouillez où elle s'agenouille; vous récitez les oraisons qu'elle récite, vous formez les vœux qu'elle forme pour ses neuvaines...

—J'aime votre mère. Dans le silence des églises je revois mes parents, je pense à leur fin tragique, à tous mes malheurs; je me souviens de mon enfance heureuse, en me recueillant... Et je revis tout le passé...

—Vous vous plaisez là parce que le sang espagnol de sainte Thérèse coule dans vos veines. Vous appelez l'amour du Christ. Vous désirez qu'il descende dans votre cœur. A défaut du Seigneur, vous vous tournerez peut-être un jour vers moi. Mais ce ne sera qu'une heure de défaillance et de déception. Le Sauveur vous reprendra... Que deviendrais-je alors, moi, délaissé...?

Omer sut parfaitement introduire dans la phrase la vibration convenable pour que la jeune fille se méprît, et le crût près de retenir un sanglot réel.

—Omer!.., soupira-t-elle; et toute l'émotion de son corps tressaillait... Omer...! Pouvez-vous craindre d'être abandonné?...

—Oui: pour Dieu! Que suis-je auprès de Lui. Que sera même le luxe de ma maison, à côté du luxe liturgique? Que serait ma pauvre passion auprès de Tout... Vous êtes une sainte si ardente!... Ma mère me le répète. Sa dévotion n'égale pas la vôtre... Votre cœur est déjà donné...

—Non!

Elle s'était mise debout, les yeux en flammes, et le sourire victorieux. Elle s'imagina le reconquérir; elle ne doutait plus qu'il fût sincère, qu'il fût, par avance, jaloux du Christ, tant il aimait l'adoratrice du crucifix. Dolorès marcha vers lui, les mains tendues, les seins haletants, les narines frémissantes, et de l'amour plein la face. Lui reculait.

—Non! mais non..., répéta-t-elle, le rire joyeux...

—Ah! votre cœur est donné! Je le sens...