—Il s'agit de l'interpréter!...

—Et pour la saisie, Monsieur Héricourt?... supplia Mme Cardoche en étalant de nouveaux exploits sur l'acajou de la table.

Omer l'aperçut tellement vieille et tremblotante, avec de l'eau dans ses yeux ternes, qu'il n'osa la congédier. Il voulut rassembler ses esprits, émettre un conseil... La voix aigre de M. Boredain annonçait la grande nouvelle aux plaideurs, dans la pièce voisine. M. Roulon prêchait le calme à son locataire, M. Pied-de-Jacinthe, qui tapait du poing la cheminée, devant le Cicéron de marbre.

—Monsieur Roulon... Si je ne peux plus vendre mes brochures, je n'ai qu'à fermer boutique. Et qui vous payera votre terme? Polignac me condamne, moi et mes ouvriers, à mourir de faim!... A voir, si un vieux soldat se laisse égorger comme un mouton... Suffit!... On sait ce qu'on veut...

—Point de violence!... commanda M. Roulon, en avançant une main gourde ornée d'ongles plats et noirs.

Le vétéran haussa les épaules. Sa peau jaune collée au crâne s'empourpra sous l'empire de la colère. Il froissa le Moniteur, puis, après réflexion, il le plia, comme un effet militaire, avec soin.

—Enfin, Monsieur Héricourt, les juges me condamneront-ils si je publie le numéro du Marteau, comme la Charte et les lois m'y autorisent?

—Ils ne sauraient forfaire aux principes de la Charte!...

—Et même, libre à nous de refuser l'impôt maintenant... ajouta M. Roulon... puisque l'impôt ne doit être établi que par une loi... La dissolution de la Chambre, avant sa réunion, ôte à l'impôt son caractère de légalité!...

—Les gardiens de la loi violent la loi.