Ce petit précepteur riait. Sa cravate était lâche autour du cou maigre, et le mince habit d'alpaga noir se plissait autour des membres fébriles. Ayant posé à terre le fusil de munition, il rattacha les cordons de son soulier poudreux. Ensemble ils discutèrent les espoirs que justifiait ce glorieux soulèvement du peuple.

Une vieille, au visage meurtri par l'âge, et borgne, dansait, faisait la révérence, en pinçant les coins de son tablier. Sa bouche informe fredonnait un terrible souvenir:

Ah! ça ira, ça ira, ça ira!
Pierrot et Margot chantent à la guinguette...
Ah! ça ira, ça ira, ça ira!
Réjouissons-nous, le bon temps reviendra!

On l'entendait à peine, la tricoteuse de l'an II. Pourtant un cercle d'ouvriers l'entoura. Dramatiquement, quelques-uns se découvrirent devant la folle. D'autres l'excitaient. Elle se dandinait prudemment. Son madras à cornes se mouvait avec le front chauve d'où s'échappait une bouclette jaunâtre. Un peu de rougeur colora sa pommette sous la poche de l'œil sénile. Elle essaya ses refrains de jadis. Elle accélérait le rythme de son balancement; et son petit poing scanda:

Dansons la Carmagnole!
Vive le son,
Vive le son...
Dansons la Carmagnole!
Vive le son du canon!

Le poing menaçait vaguement les choses vers la Bastille.

Alors Blanqui:

Que faut-il au républicain?
Du fer, du plomb et puis du pain!

Les voix mâles s'unirent:

Du fer pour travailler,
Du plomb pour se venger
Et du pain pour ses frères...