—Vos camarades ont encore beaucoup de cartouches?
—Pas tant que ça!... répondit-il au capitaine Lyrisse.
—Mais encore?
—Dame! on a envoyé une patrouille demander à la porte Saint-Denis si le colonel de Pleinselves pouvait en céder...
Le capitaine Lyrisse s'approcha du général Dubourg. Puisque les soldats achevaient leurs munitions, c'était le moment de brusquer l'attaque. Malheureusement, le fourgon de l'épicier Mauravert n'arrivait pas. Il devait contenir les cartouches fabriquées par les modistes de Mme Cardoche et leurs amies de la rue Richelieu... Mais le véhicule suspect avait-il pu franchir les barricades et les postes de soldats royaux?
On l'attendit près d'une heure, pendant laquelle les disputes s'accrurent encore. Omer profita de ce répit pour se promener et disserter avec importance de groupe en groupe: car cette propagande, il le nota, le distrayait de sa peur. Les marchands fermèrent leurs boutiques. Étudiants, ouvriers, gagne-petit, multipliaient les ovations au général Dubourg, tandis que les bourgeois, les chasseurs ricanaient, le dévisageaient, se demandaient à haute voix d'où il sortait, chez quel fripier il avait pris cet uniforme du temps de Larévellière-Lépeaux. M. Roulon l'engagea même à changer d'habit, s'il ne voulait devenir un signal de dissensions... Dieudonné Cavrois insistait pour qu'on allât offrir à La Fayette le commandement des gardes nationales.
—C'est un grand nom de 1789... Nous pourrons nous rallier à lui, tous!
Dubourg réprima très mal son irritation:
—Oh, avant que La Fayette se décide!... Il faut un général qui donne confiance au peuple: j'ai servi dans l'état-major de Berthier... Et La Fayette ne se décidera pas si vite. Il lui faudra tout d'abord être certain de la victoire... Moi, du moins, je cours le risque.
A ces mots, qu'il prononça vivement, les ouvriers renouvelèrent leurs encouragements sympathiques. Pied-de-Jacinthe protesta qu'il le suivrait.