Une huée jaillit des magasins entr'ouverts. Omer et le major se désolaient.
—Bien malin qui dira où nous mènerait la Révolution! insinua... le tailleur Durtot... Les affaires n'étaient pas déjà si brillantes!
Il hochait la tête, il déboutonnait son uniforme pour essuyer sa poitrine avec un mouchoir. Ensuite, dissertant sur les intérêts du commerce, il peigna ses favoris blonds et poussiéreux. Des messieurs l'écoutaient docilement. Leurs interjections menaçaient le général Dubourg. Omer le défendit. Tacitement, il espéra que si l'on réoccupait l'Hôtel de Ville, le gouvernement provisoire se constituerait avec l'ami reconnaissant de l'oncle Edme, avec M. Buchez et le général Pithouët, dont l'influence énergique régirait l'esprit sénile de La Fayette.
—Il est impertinent... il est impertinent... enseignait l'atrabilaire M. Buchez aux gardes nationaux... il est impertinent d'aborder de pareilles questions avant que le succès nous soit acquis... Rien n'est moins sûr encore que le succès.
—Le travestissement ridicule du comte Dubourg surexcite le peuple... Ne le voyez-vous pas?... insistait M. Roulon... Cela peut nous entraîner aux pires excès...
—On chante la Carmagnole. Il y a même ici des babouvistes et des saint-simoniens!... accusait le petit vieux au schapska, en indiquant Blanqui et le major Gresloup.
—Monsieur, le saint-simonisme, c'est peut-être l'avenir!... riposta M. Mesnil, qui boîtait, usant de son fusil en guise de béquille... Le paradoxe d'aujourd'hui, c'est la vérité de demain...
—En effet... dit M. d'Orichamps... Nous installerons les philosophes, et ces messieurs de la Bourse dans les repaires impurs du faubourg Saint-Germain!...
—Et les droits de la propriété?... opposa M. Roulon.
—Et les droits du commerce?... fit le tailleur.