«Est-ce donc la victoire de la Loi sur les Rois?»... méditait-il, ébloui par cette liesse unanime, qui pénétrait sa chair avec la chaleur de la fille moite, qui forçait son cœur à tressaillir et sa bouche à sourire, extasiée, en dépit de l'estafilade.
Là-bas, c'était le cheval d'artillerie qu'il avait tué, cette croupe brune et luisante, cette queue de crins flasques, cette chose informe que des enfants dépouillaient de la chabraque et du porte-manteau.
—Te souviens-tu qu'à Rome, nous causions, Omer, un jour, devant la colonne de Trajan? Tu as souhaité qu'on érigeât dans Paris, outre celle de Napoléon, une troisième colonne pareille pour marquer la nouvelle étape du triomphe latin... rappelait l'oncle Edme, lauré de ses mèches grises, et qui montrait la foule dans le cercle des façades en gloire... C'est vraiment une belle place pour la colonne du peuple libérateur!
Ces paroles vibrèrent par tout le corps du blessé. Les mains de l'oncle et du neveu se broyèrent. Ils se crurent un seul être que l'âme du peuple saisissait dans ses émotions.
Le major Gresloup, puis la troupe des demi-soldes repassaient.
—Omer! Omer!... supplia l'oncle Edme... Leur reprocheras-tu de l'avoir aimé, comme on aime une femme, et comme on aime un dieu, leur Empereur? Cet amour-là nous délivre aujourd'hui. L'insulteras-tu cette foi qui n'a pas voulu mourir avant de payer sa dette à la Révolution?
—Les trois colonnes seront debout, désormais, les trois jalons du chemin qui mènera mon fils à l'avenir!... répondit Omer.
Il imagina le monument semblable à ceux de la place Trajane et de la place Vendôme: ceux-ci avaient été consacrés en signe de victoire sur les Germains et sur les Impériaux des Allemagnes; celui-là enseignerait aux temps futurs comment les Gallo-Romains avaient brisé définitivement le joug de la dynastie franque, après quinze siècles d'esclavage. Et le svelte génie de la Liberté prendrait essor, de là, vers les soleils futurs.
—Lève-toi! Viens!... dit le capitaine.