—Pourquoi lever une contribution?

—Pour Caroline. Elle est dans tous ses états. M. Récamier va faire faillite; et elle est engagée de plus dans les spéculations d'Ouvrard. Lis cette lettre.

C'était une lamentation. Des chiffres exacts, précis, indiquaient trop l'échéance de la catastrophe. Bernard se navra. Virginie vivait auprès de Caroline, ainsi que la petite Denise; elles subiraient le contre-coup des ennuis. Il se décida mal à bénéficier de la guerre.

—Il faudra que je donne un reçu?

—Tu te couvriras en faisant distribuer aux maréchaux des logis quelques aunes de coutil destinées aux culottes de petite tenue. Il existe une fabrique de cette fourniture dans la ville.

—Je n'ai pas caractère pour ça.

—Veux-tu un ordre? Cavanon le fera signer par Murat.

—Et si j'ai des ennuis avec l'état-major.

—Nous rembourserons. Je me marie, c'est décidé. Ma femme rembourserait. Je t'en donne ma parole d'honneur. Ah! si je commandais un escadron, moi, je serais vite riche. Mais, mon cher, tout le monde agit de la sorte! Tu ne sais pas le cortège de voitures que le corps traîne sur les routes! Allons en parler au colonel.

Ils l'abordèrent qui sommeillait dans sa calèche, à demi recouvert par les cartes de Pitouët. D'abord Augustin lui remit l'ordre de cantonnement. On s'expliqua. Le colonel jugea la chose très simple. Il fut entendu que la réquisition monterait à cinquante mille livres, que le colonel en toucherait dix mille, Pitouët dix mille, et le major trente mille; mais que celui-ci prélèverait dix florins en faveur de chaque maréchal des logis qui signerait le reçu majoré pour fourniture de coutil de troupe.