Devant lui, cependant, il distingua une section de tambours régimentaires. Ils s'arrêtaient. Les caisses étincelèrent de leurs cuivres contre les tabliers de cuir blanc. Le major géant alluma sa canne dans le ciel: tous les boulets de la bataille tombèrent sans doute sur les peaux d'âne, car de formidables roulements de gloire s'entrechoquèrent. Des adolescents pâles, en bonnets d'ourson, le regardaient, lui, le colonel, cette statue de pierre, en activant les chutes de baguettes sur la peau sonore. On battait aux champs. Le tambour-major grandissait dans sa culotte blanche. Le soleil se doubla, sauta sur les cuivres des caisses, sur les galons du géant. La canne cognait le ciel, qui se fracassa, qui tomba sur les tambours en mille éclats…

Bernard Héricourt voulut se soustraire au péril; mais rien n'obéit de ses membres étrangers à lui-même. Les tambours continuèrent de rouler, la canne de fracasser le ciel, les pores de se resserrer à la racine du nez, à la base du front. Dans les bras, les os gonflaient vite, lui sembla-t-il. Tout s'alourdit: le sang, les muscles, la chair. Dans la poitrine, un granit intérieur tendait la peau… ou celle des tambours aux belles caisses de soleil, sur quoi la canne du géant brisait le ciel par de grands coups de lumière.

Ébloui, Bernard Héricourt baissa les cils. Il se reposa dans l'ombre; elle s'épaissit, devint opaque, à mesure que décroissait le bruit des tambours exaltant la gloire de la race et sa force.