—D'un rival, ricana Praxi-Blassans, d'un rival trop glorieux.
—Le vainqueur de Hohenlinden, déclamait un hussard, n'a point à mettre sa popularité au service des souverains déchus. Il occuperait la première place dans l'État, sans autre aide que sa renommée, l'amour de la nation et le dévouement de ses amis. Vous pouvez le dire à qui vous envoie, Monsieur.
Tout pâle, interloqué, le voyageur s'inclinait en tournant son chapeau dans ses mains. Moreau le reconduisit vivement. Une berline à caisse jaune quitta le perron. Le général rentra plus joyeux. Ses yeux vifs dansaient entre les favoris rejoignant ses lèvres sensuelles. On l'entoura. Bernard Héricourt s'indignait de ce que Buonaparté, un soldat, fît mentir ainsi les gazettes étrangères. Et l'honneur? Et la loyauté? On sourit.
—Décidément, plaisantait Moreau, nous ne valons rien pour conspirer. Mais je connais un conspirateur auquel Buonaparté n'échappera pas: c'est lui-même. Il va se perdre dans ses folies.
—Parbleu! il outrepasse la naïveté dans la haine. Il dit partout de notre victoire de Hohenlinden que nulle combinaison, nul génie militaire ne l'avaient préparée!
—Decaen qui y était l'a fait revenir sur cette opinion.
—Decaen a changé peut-être l'opinion de la conscience, non pas celle des paroles, insinua Praxi-Blassans. Néanmoins, général, je regrette que vous n'ayez pas fait le 18 Brumaire avant qu'il revînt d'Égypte.
—Je le laissais ouvrir les voies.
—Il les ferme à présent.
—Général! regretta le colonel Lyrisse, si vous nous aviez écoutés à Wels, quand l'archiduc Charles demanda la paix, nous l'aurions éconduit, nous serions entrés à Vienne en triomphe, et Buonaparté ne s'attribuerait pas si aisément le faux prestige que la mort de Desaix lui a permis de prendre après Marengo.