—Oui, va Cyrille, prie Lucienne.
Il se décide. D'ailleurs l'autre n'en subira pas moins sa juste vengeance. Et puis il a tellement soif.
Ses lèvres pâteuses et molles se collent; sa langue sèche cherche en vain la salive dans sa bouche sèche.
Comme il ne faut pas, cependant, que les gens, s'il se retire, croient les moqueries permises, il sort à reculons, prêt à battre.
Dehors ses yeux errent par la place où s'écrase la lumière astrale. Il s'inquiète de l'ombre courte, torte, bleue, qui lui adhère aux talons. S'il pouvait il la chasserait; elle le gêne, l'obsède, offusque sa pupille. Elle perce son cercle de vision et il la sent à chaque pas remuante, espionne. S'il s'arrête, elle demeure courbée sous lui, difforme, affreusement gibbeuse et tassée.
XI
Vers la mare marmoréenne il traîne Lucienne. L'haleine de la nuit tremble dans les troènes aux fleurs blanches et dans les ailes blanches des canes.
La jupe s'accroche aux ronces, aux pierres de la cour creuse, mais Cyrille tire de ses mains emmêlées à la longue chevelure et le corps mou suit avec des bruits de déchirures.
Cyrille marmonne: «C'est sa faute, elle ne voulut pas avouer. Elle n'avoua rien dans son entêtement perfide, cette souillée menteuse. Et d'autres ne la doivent plus avoir.»
Pourtant si elle eût compati, il eût en ses bras bu ses lèvres, ses joues; et cela eût tari sa soif à jamais. Il n'aurait plus cherché dans le vin le sommeil d'oubli, n'ayant plus de tourments à y perdre. Au contraire, elle suscita des douleurs très grandes. Par sa male faute il fut contraint de se réfugier aux torpeurs de l'ivresse,—et la folie le dompte.