—Qué que c'est que tout ça? Qué que ça représente? il n'a point de nez votre bonhomme.
Et d'une quinte hilare leurs dos énormes tressautèrent dans les blouses. Il les jeta dehors.
Ils contèrent partout que «tout de même M. Cyrille avait un grain et que c'était bien malheureux pour son âge».
Nerveux encore de cette immuable stupidité où choppe elle-même la science sainte, il marmonne en marchant:
Là-haut les corbeaux tournent et croassent. Devant s'étale la plaine rousse, nue jusqu'aux nuages qui la ceignent.
Rien dans la plaine et rien dans sa vie pour toujours. Quel ennui de ne plus étudier, de ne plus écrire. Il eût bien entrepris une traduction de la Pharsale en vers français; mais il n'ose, ne sachant pas de directeur qui lui dise: «Ceci est bien, cela est mal.» Où le guide, où le conseil? Il ne croit pas en l'autorité de son jugement personnel. Si humble et si timide il fut aux maîtres.
Courbées en ligne, les sarcleuses épluchent un champ, les mains au sol, les croupes au ciel. Que laides ces filles aux cheveux rares plaqués avec de la pommade sur les crânes ronds et bis; leurs mamelles pendent dans les caracos lâches, et leurs doigts rugueux aux ongles cassés fouillent les touffes de l'avoine naissante. Vers lui elles lèvent leurs yeux craintifs. A son sourire elles l'enœillent sournoisement en des regards qui offrent leurs corps.
Jamais il ne s'acoquinera. Une honte pour sa famille si on venait à lui connaître de semblables déchéances. D'ailleurs elles lui paraissent sordides, ces femelles.
Une couturière qui, chaque printemps, reste six semaines au village pour travestir les robes selon la mode, l'eût plutôt conquis. Mais, par la servante, il sut qu'elle le jugeait brutal et très vieux à cause de sa barbe toute poussée. Il la laissa partir sans lui parler même.
Les corbeaux tournent, croassant dans le firmament blanc.