Une clameur sauvage retentit, et la masse sombre des cavaliers s'ébranla au grand galop pour traverser le ravin de Karkow.
Ils étaient effrayants, ces géants courbés sur leurs selles, la lance en avant; selon les ordres du capitaine, ils avaient tout de suite cessé leurs cris rauques et l'on n'entendait plus que le bruit sourd et formidable du galop des chevaux.
Quand les soldats de la Garde turque virent arriver cet ouragan, les plus hardis d'entre eux, ceux-là qui ignoraient même qu'on pût trembler, eurent un frisson.
Le choc fut épouvantable. Chaque coup de sabre tranchait une tête, chaque coup de fusil abattait son homme. Et il y avait des ruisseaux de sang le long des maisons.
Mais les Cosaques étaient décimés.
Sentant, néanmoins, ses troupes ébranlées, le général turc leur fit effectuer un mouvement en arrière qui dégageait le village; puis, confiant dans la supériorité du nombre, il leur fit prendre position à un kilomètre de là, près d'une ferme abandonnée, d'où l'artillerie pourrait tirer.
Karkow était pris, mais la trouée n'était pas faite!
Serge Frithiof blêmit de rage: il aurait voulu être tué, vraiment, et voilà que la mort l'épargnait.
—L'armée peut être sauvée par vous! avait dit le général prince Rouknine.
Coûte que coûte, il fallait donc continuer cette charge folle qui venait de faire reculer l'ennemi; mais comment, puisque l'escadron était réduit à quelques cavaliers?...