—Je porte l'ordre de faire sonner la retraite. La bataille est perdue.

LE MAUVAIS ZOUAVE.
PAR ALPHONSE DAUDET.

LE grand forgeron Lory de Sainte-Marie-aux-Mines n'était pas content ce soir-là.

D'habitude, sitôt la forge éteinte, le soleil couché, il s'asseyait sur un banc, devant sa porte, pour savourer cette bonne lassitude que donne le poids du travail et de la chaude journée, et avant de renvoyer les apprentis, il buvait avec eux quelques longs coups de bière fraîche, en regardant la sortie des fabriques. Mais, ce soir-là le bonhomme resta dans sa forge jusqu'au moment de se mettre à table; et encore y vint-il comme à regret. La vieille Lory pensait en regardant son homme:

—Qu'est-ce qu'il lui arrive?... Il a peut-être reçu du régiment quelque mauvaise nouvelle qu'il ne veut pas me dire?... L'aîné est peut-être malade...

Mais elle n'osait rien demander et s'occupait seulement à faire taire trois petits blondins couleur d'épis brûlés, qui riaient autour de la nappe en croquant une bonne salade de radis noirs à la crème.

A la fin, le forgeron repoussa son assiette en colère.

—Ah! les gueux! ah! les canailles!...

—A qui en as-tu, voyons, Lory?

Il éclata.