"Il ne voulut pas, d'ailleurs, demeurer inactif; avec des fils d'acier et de laiton que nous lui portions, il travaillait à tâtons tout le long du jour, faisant des chaînettes et de menus objets qu'il vendait aux passants.

"Mais c'est surtout des ouvriers de la chaudronnerie Van Helmen et des usines environnantes que lui arrivait le secours le plus efficace; pas un de nous, les jours de quinzaine, ne fût entré à l'estaminet pour boire une canette ou n'eût regagné son logis avant d'avoir porté son obole au travailleur aveugle et malheureux.

"Ainsi, Jean Gobert put vivre à l'abri du besoin pendant la plus grande partie de l'an dernier.

"Vint l'hiver. Vous savez s'il fut rude et terrible pour les pauvres gens! Gobert, immobile dans sa guérite, transi de froid, grelottant du matin au soir, lui qui naguère vivait dans le brasier des forges, ne résista pas aux températures du mois de décembre. Pris d'un accès de bronchite, il dut rester dans sa chambrette et garder le lit.

"Nous crûmes parer au contre-temps en plaçant sur la planchette de la petite loge un tronc avec cette inscription:

"N'oubliez pas le pauvre aveugle qui est malade!

"Mais, en plein hiver, pense-t-on à s'arrêter dans les rues pour lire des pancartes?...

"Les recettes étaient pitoyables et l'aveugle cloué sur son grabat, se désolait en voyant venir le premier de l'an et en songeant à toutes ces journées de réjouissances et de charité.

"Que faire?...

"Nous ne savions à quoi nous résoudre, quand un secours inespéré nous arriva.