"Dans une mansarde voisine de celle de Gobert habitait une pauvre fille orpheline, dentellière de son état, qui, touchée du malheur de l'infirme s'était généreusement proposée pour lui donner des soins. Courbée sur son carreau à dentelles, elle endormait notre malade au cliquetis de ses fuseaux, lui préparait des tisanes, lui donnait ses potions et veillait sur lui avec un inaltérable dévouement. Elle avait entendu les plaintes de l'aveugle, vu notre embarras. Elle me prit à part:

"—Si j'y allais, moi, demander l'aumône pour lui?

"—Vous feriez cela?...

"—On peut toujours essayer!

"Le lendemain, dès le matin, elle était à son poste, et, tout le jour, de ses doigts bleuis, elle tressa sa dentelle en plein air, interrompant son travail de temps à autre pour implorer l'aide des passants.

"—C'est pour le pauvre aveugle qui est malade! disait-elle; "n'oubliez pas le malheureux!"

"L'infortune, quelque intéressante qu'elle soit par elle-même, ne perd jamais rien quand une voix douce et deux jolis yeux sollicitent pour elle; les sous affluèrent, et la brave fille rentra le soir, toute joyeuse, apportant le produit de sa collecte.

"—Si je vous ai abandonné aujourd'hui, dit-elle à Gobert, en versant les sous sur la table, c'était pour me faire votre demoiselle de comptoir, et comme je n'ai pas trop mal réussi, je recommencerai demain et tous les autres jours, jusqu'à ce que vous soyez guéri!

"Les recettes montèrent encore les jours suivants. L'histoire du dévouement de la jeune dentellière s'était répandue dans tous les ateliers; des patrons d'usine, qui l'avaient entendu conter, passèrent par là tout exprès, et le soir, on trouva des pièces blanches et même un ou deux louis d'or mêlés aux humbles gros sous des travailleurs. Si bien que Gobert, enfin guéri de sa bronchite, se trouva, pour la première fois de sa vie, à la tête de quelques économies.

"Comme dans les contes du temps passé, la fortune lui était venue en dormant.