—Ce sont de ces gens qu'on ignore d'où ça vient, qui arrivent chez nous sans rien dire, et puis on apprend après qu'il s'est passé des choses....
Mais la mère Crétu piaillait:
—Qu'est-ce que vous dites, Sosthènes? Le connaissez-vous, ou ne le connaissez-vous pas, cet homme-là?
—Quant à dire que je ne le connais pas, je le connais, puisque je l'ai vu; mais maintenant pour dire que je le connais autrement, je ne le connais point....
—Alors, ce sont des méchancetés.... Ce n'est pas un gars comme vous, bien sûr, qui n'a jamais su faire grand'chose; c'est un homme éduqué, qui s'appelle M. Folichon et qui était fonctionnaire à Paris; la preuve, c'est que l'instituteur qui tient les écritures à la mairie me l'a dit, et que le gouvernement lui fait des rentes; il ne faut pas voir partout des malintentionnés.
Elle ajouta, comme argument décisif:
—C'est un homme bien honnête qui m'a payé ma location sans marchander, et qui porte un ruban tricolore à sa boutonnière....
—Pour ça, sûr, c'est vrai, fit un consommateur. Je l'ai vu ce matin, et je lui ai dit bonjour, et il a même ôté son chapeau....
—Là! Vous voyez, s'écria la mère Crétu, que c'est un brave homme?...
Sosthènes se défendit. Si M. Folichon portait un ruban, dame! ce n'était pas le premier venu. Seulement, il fallait connaître les gens. A présent qu'on l'avait renseigné, ça lui suffisait et il n'avait pas de raisons de lui en vouloir.