—Et pas fier! reprit celui qui avait vu le ruban tricolore. Il répond au salut de tout le monde....
—Mais, demande encore Sosthènes, qu'est-ce que c'est que cette décoration-là?
Après une minute de silence embarrassé, la voix de la mère Crétu glapit de nouveau:
—Ça se donne à ceux qui ont sauvé le drapeau....
Dans le fond, un vieux de la vieille se leva, ôta son bonnet. Puis tous se découvrirent l'un et l'autre.
Olivier Folichon pouvait dès lors circuler dans le bourg; il ne devait plus récolter que des hommages et des marques d'amitié. A partir de ce jour, quand il entrait à l'auberge boire un coup chez sa propriétaire, les langues s'arrêtaient, les verres s'immobilisaient dans les mains, les visages prenaient un air recueilli, comme à l'église au moment de l'élévation, et personne ne buvait avant que le sauveur du drapeau n'eût donné le signal en disant:
—A la vôtre, messieurs!...
La considération dont il se sentait entouré finit par le gonfler d'estime pour lui-même. Il ne marchait plus comme auparavant; ses pas étaient mesurés, majestueux; sa tête se relevait de noble façon. Et sa modestie disparue ne s'étonnait point des hommages qu'elle attribuait au simple sentiment de la justice.
Il devenait la curiosité de Nançay. On en parlait comme on parle d'un monument historique, et le village s'enorgueillissait de le posséder. Quand des touristes, des bicyclistes passaient et demandaient à la mère Crétu s'il y avait, dans la localité, quelque ruine à visiter, quelque vieux moellon à gratter:
—Non, répondait-elle, mais nous avons ici M. Folichon, celui qui a sauvé deux drapeaux....