Ce qui ajoutait un rayon de plus au glorieux souvenir évoqué et consacré par le ruban tricolore, c'était l'espèce de mystère qui planait sur le fait d'armes d'antan. Chaque fois que la curiosité avait essayé d'y toucher:

—Laissez donc! interrompait Folichon. Cela ne vaut pas la peine qu'on en parle; j'ai fait mon devoir, ni plus ni moins....

Et les Solognots, bien que déçus, n'en admiraient que davantage leur héros. Sa réputation, franchissant l'enceinte du bourg, était parvenue jusqu'au château des Ebéniers où résidait, pendant les chasses, le comte Oscar de la Nèfle, gentilhomme périgourdin, hospitalier et sans morgue, quoiqu'il se vantât sans sourire de porter un des plus beaux noms de France.

Les nobles oreilles du comte avaient recueilli quelques vagues rumeurs au sujet du pensionné de l'Etat, et il s'était enquis auprès de son garde-chef, pour supplément d'édification.

—C'est, dit le garde sans hésiter, un ancien militaire qui touche une rente du ministre de la Guerre, pour avoir sauvé son régiment en 70....

—Palsembleu! s'exclama le comte qui avait lu Ponson du Terrail et le relisait encore, allez de ce pas me quérir ce preux capitaine et lui dire qu'il me tarde grandement de lui donner l'accolade....

Folichon fut admis à l'honneur de toucher la main du dernier des Nèfles.

—Contez-moi donc, mon brave, en quelle occurrence vous sauvâtes...

—Oh! monsieur le comte, cela ne vaut pas la peine qu'on en parle; j'ai fait mon devoir, ni plus ni moins....

Le comte Oscar n'insista point, par discrétion, et garda la meilleure impression de l'entrevue. Et il répétait à chacun de ses invités: