—Ecoutez, mon commandant, vous ne me paraissez pas méchant. C'est que, sans doute, vous avez eu une bonne mère. Cette mère, vous l'aimez certainement par-dessus tout. Si, comme moi, vous étiez sur le point de mourir, votre dernière pensée serait pour elle. Vous béniriez celui qui pourrait vous donner la suprême consolation de la presser sur votre cœur une dernière fois. Eh bien! mon commandant, faites pour moi ce que vous souhaiteriez qu'on fît pour vous. Accordez-moi une heure de liberté pour aller embrasser ma mère, et je vous donne ma parole d'honneur de revenir ensuite me remettre entre vos mains....

Pendant que le jeune homme parlait, le commandant allait et venait, en tourmentant sa moustache, et en faisant de visibles efforts pour repousser l'émotion qui l'envahissait. "Ma parole," murmura-t-il, "ce gamin-là parle comme un chevalier d'autrefois."

Tout à coup, il s'arrêta en face de son prisonnier, les sourcils froncés, la figure sévère:

—Comment t'appelles-tu?

—Victor Oury.

—Ton âge?

—Seize ans le 15 juillet prochain.

—Où demeure ta mère?

—A Belleville.

—Pourquoi l'as-tu quittée? Pourquoi as-tu suivi les fédérés?