—Il fallait bien manger. Puis des camarades, des voisins, menaçaient de me fusiller si je ne marchais pas avec eux. Ils disaient que j'étais assez grand pour faire mon devoir. Ma pauvre mère eut peur et me conseilla, en pleurant, de faire comme les autres.

—Tu n'as donc plus ton père?

—Il a été tué.

—Où cela?

—Au Bourget.

—Eh bien! c'est entendu, dit le commandant d'un air solennel, après avoir un moment réfléchi, tu vas aller embrasser ta mère. Tu m'as donné ta parole d'honneur d'être ici dans une heure. C'est bien. Moi, je te donne jusqu'à ce soir. Allons! file!

Il partit comme un trait.

Vingt minutes plus tard, il frappait à la porte de sa mère. La voisine qui la soignait vint lui ouvrir. En l'apercevant, elle poussa une exclamation de joyeuse surprise. Tout le monde le croyait mort. Il voulut se précipiter dans la chambre de sa mère. La femme l'arrêta.

—N'entre pas, lui dit-elle à voix basse. Ta mère repose.

Impatient, il n'entendait qu'à moitié ce que la brave femme lui disait. Il crut percevoir un faible appel de son nom. Aussitôt, il se dirigea, sur la pointe des pieds, vers le lit de sa mère. Il ne s'était pas trompé; la malade avait les yeux grands ouverts.