—Victor! s'écria-t-elle d'une voix affaiblie.

En même temps, sans proférer un mot, son fils tombait dans ses bras.

Alors, ce jeune homme que nous avons vu jusqu'ici indifférent, impassible, devant la mort, ne peut plus que sangloter. Dans les bras de sa mère, il redevient un enfant, il a peur, il se désespère.

La pauvre femme, à qui le contact de son fils semblait rendre toutes ses forces, essayait en vain de le consoler. "Pourquoi pleurer ainsi, mon enfant bien-aimé?" lui disait-elle. "Je ne veux plus que tu me quittes. Tu n'as donc plus rien à craindre. Tu vas jeter à la rue ce costume de malheur que je ne veux plus voir. Moi, je vais me dépêcher de guérir. Je me sens déjà beaucoup mieux depuis que tu es là.... Tu vas te remettre au travail, et tu ne tarderas pas à être tout à fait un homme. Bientôt, le passé ne sera plus pour nous que comme un épouvantable rêve que le temps finira par nous faire oublier."

Elle embrassa à plusieurs reprises son cher désespéré, puis elle laissa retomber sa tête fatiguée sur l'oreiller, et s'abandonna à une méditation pleine de confiance en l'avenir.

Immobile, presque honteux de sa défaillance, le malheureux jeune homme s'efforçait silencieusement à se ressaisir. Quand il releva la tête, se jugeant de nouveau plus fort que la mort, il vit que sa pauvre mère, cédant à la douce réaction qui résultait de la joie et de la quiétude qu'elle éprouvait, s'était endormie profondément. Cela acheva de lui rendre toute son énergie. Peut-être la Providence avait-elle voulu lui faciliter ainsi l'accomplissement de son devoir, et lui éviter une scène de désolation plus déchirante que la première. Il résolut d'en profiter en s'éloignant sur-le-champ. Il effleura d'un long baiser le front de sa bonne mère, la contempla encore quelques instants pendant qu'elle semblait lui sourire, puis il sortit précipitamment de la chambre et s'en alla, aussi vite qu'il était venu, sans regarder autour de lui, sans voir personne.

—Comment! déjà? fit le commandant stupéfait.

—Est-ce que je ne vous avais pas donné ma parole?

—Sans doute, mais il me semble que tu t'es bien pressé. Sans manquer à ta parole, tu aurais pu rester un peu plus longtemps auprès de ta mère.

—Ma pauvre mère!... Après une scène de larmes où j'ai senti un moment mon courage m'abandonner, larmes de joie pour elle, larmes de désespoir pour moi, elle s'est endormie d'un sommeil si profond, si calme, si heureux que je n'ai pas eu la force d'attendre son réveil pour la quitter à jamais. Elle s'était endormie en songeant avec bonheur que je ne me séparerais plus d'elle. Qui sait si, au dernier moment, je n'aurais pas faibli? Maintenant, mon commandant, je n'ai plus qu'une prière à vous faire, c'est d'en finir avec moi le plus vite possible.